J’ai récemment développé ces idées dans un entretien pour le média The Door : « Ce qui use le désir dans un couple qui dure »
Pourquoi le désir s’use-t-il avec le temps ?
Ce n’est pas la durée de la relation qui éteint le désir, mais le fait de ne plus entretenir la connexion émotionnelle : moins d’écoute, moins de compréhension, moins d’empathie. S’y ajoutent les « mauvais outils » qui abîment le lien au quotidien : le reproche, le mépris, la critique, le silence punitif. Peu à peu, le jardin n’est plus arrosé.
Ce qui préserve le désir au quotidien
À l’inverse, les couples qui gardent une routine positive et des temps de qualité à deux, réguliers, faits d’écoute et de partage, restent plus désirants l’un de l’autre. Parler de soi à l’autre est précieux : expliquer, par exemple, qu’une baisse de désir peut être liée au comportement de l’autre, ou à une douleur lors de la pénétration, plutôt que de laisser le non-dit s’installer. Le désir se cultive — il a besoin d’attention, de curiosité et de moments rien qu’à deux.
Quand consulter ? Les signes qui doivent alerter
Plus on consulte tôt, mieux c’est. Quelques signes qui devraient alerter :
- une connexion et une sécurité émotionnelles qui s’effritent ;
- une communication et une compréhension en panne ;
- un éloignement physique, plus aucun temps à deux ;
- des tensions, des disputes, de la colère, des frustrations ;
- un sentiment d’isolement au sein même du couple.
Même lorsqu’on consulte tard, on peut souvent dénouer les difficultés de compréhension, de communication et d’acceptation de la différence de l’autre, avec des outils concrets et pragmatiques. Je travaille en thérapie brève, ce qui permet de sortir rapidement de l’impasse ; parfois, un travail personnel plus poussé sur la sexualité est nécessaire. Et quand il est vraiment trop tard, je n’ai aucun pouvoir magique : nous travaillons alors à une séparation intelligente, surtout lorsqu’il y a des enfants.
Comment parler de sexualité sans que cela tourne au reproche ?
Parler de sexe dans son couple reste un défi, même après vingt ou trente ans de vie commune : c’est un sujet souvent tabou, lié à l’éducation, à la peur de blesser ou de perdre l’autre, à un manque de confiance ou d’affirmation de soi. En consultation de sexologie de couple, le dialogue revient naturellement grâce à un accompagnement ciblé et adapté aux deux partenaires.
Je propose beaucoup d’exercices, sur la communication comme sur la sensualité, et j’utilise des métaphores pour dédramatiser. J’aime comparer la sexualité à la cuisine : le sujet devient alors aussi banal et facile à aborder que « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ». Dans le même registre, le porno est un peu le fast-food du sexe, quand l’imaginaire relève de la gastronomie – c’est ce qui distingue la simple pulsion de l’érotisme. Apprendre à se parler en communication non violente évite les reproches habituels, et la glace se rompt vite.
Baisse de désir passagère ou problème plus profond ?
Une baisse de désir passagère fait partie des aléas de la vie : règles, grossesse, accouchement, arrivée des enfants, stress, chômage, souci de santé, ménopause, andropause, déprime… Pas d’inquiétude si cela reste provisoire : le désir revient souvent naturellement, avec un accompagnement bref.
Une baisse plus profonde, elle, est souvent liée à un problème structurel du couple ou à des traumas personnels – par exemple des abus subis dans l’enfance – et aux symptômes qui peuvent y être associés : sécheresse vaginale, vaginisme, troubles de l’érection, éjaculation précoce… Dans ce cas, je peux basculer, en parallèle de l’accompagnement du couple, vers un suivi individuel en sexologie. La sexothérapie devient alors plus riche : on travaille à la fois l’axe du couple et la sphère personnelle.
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Le rejet sexuel fait très mal, car il est vécu comme une preuve de désamour. C’est pourtant rarement le cas : les causes d’une baisse de désir sont plurifactorielles, et bien plus profondes. Mon conseil, que je donne à presque tous les couples que je reçois : ne le prenez pas pour vous — allez plutôt en chercher les raisons, au besoin accompagnés.
Questions fréquentes
D’où vient l’usure du désir dans un couple qui dure ?
Non du temps qui passe, mais de l’absence d’entretien de la connexion émotionnelle : moins d’écoute et de compréhension, et des outils qui abîment (reproche, mépris, critique, silence punitif). Les couples qui gardent des temps de qualité réguliers restent plus désirants.
Quand faut-il consulter ?
Le plus tôt possible, dès les premiers signes : éloignement, tensions, communication en panne, plus de temps à deux. Plus on consulte tôt, plus c’est rapide à dénouer.
Comment parler de sexualité sans reproche ?
Avec un accompagnement ciblé et des exercices de communication non violente. Dédramatiser — par exemple en comparant la sexualité à la cuisine — aide à en faire un sujet simple à aborder.
Une baisse de désir est-elle toujours le signe d’un problème de couple ?
Non. Elle est souvent passagère (stress, grossesse, santé, ménopause…). Elle mérite attention quand elle s’installe et s’accompagne de difficultés structurelles ou de symptômes persistants.
Que faire quand l’un désire plus souvent que l’autre ?
Travailler la différence de rythme de libido pour trouver un langage commun, afin que chacun comprenne l’autre sans se braquer, et se reconnecter progressivement.
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